Trois designs entre arcade et nostalgie autour de Street Fighter
Street Fighter II a marqué mon adolescence. J’y jouais tout le temps avec mon ami et camarade de classe, souvent plus fort que moi. Chaque victoire n’en était que plus savoureuse. On a enchaîné les versions : Turbo, Champion Edition, Alpha 2, Alpha 3… À la salle d’arcade, tout mon argent de poche partait dans la borne de Super Street Fighter II. Plus tard, je l’ai enfin eu à la maison. Parmi les quatre personnages supplémentaires, c’est surtout Cammy que j’ai usée jusqu’à la moelle. J’ai fini le jeu avec presque tous les personnages, mais c’est avec le héros solitaire Ryu que j’ai le plus joué.
J’aurais adoré posséder Street Fighter III, dont le graphisme et l’animation m’ont profondément marqué : pour moi, c’est l’un des sommets du jeu de baston 2D. C’est en salle que j’y ai joué. Plus tard sont arrivés les crossovers avec les personnages de SNK et Marvel. Quelle période ! Petite parenthèse : vous ne trouvez pas que le film d’animation Street Fighter II: The Animated Movie (1994) est la meilleure adaptation ? Je trouve le développement des personnages très réussi. L’ambiance, la musique et les lieux retranscrivent tout ce que j’aime dans ce jeu.
Les designs que je présente aujourd’hui viennent directement de ces souvenirs-là, de ces parties, et surtout de nos blagues entre potes autour des voix du jeu. Les attaques n’étaient pas toujours très claires, alors notre imagination faisait le reste.
Alec Fool part de ce malentendu. L’attaque de Guile, “Sonic Boom”, a longtemps été entendue par beaucoup comme… “Alec Fool”. Entre la qualité sonore de l’époque et l’imaginaire collectif, le nom s’est transformé en gag partagé. Le design joue avec ce souvenir : Guile, militaire de l’US Air Force, projette son onde d’énergie en forme de croissant, mais c’est la version “entendue” du cri qui reste en mémoire, plus que la version officielle.
Sure You Can reprend le même principe avec Ken et son Shoryuken. L’attaque iconique devient “Sure you can”. Personnellement, j’ai toujours été partagé entre “Sure you can” et “For you Ken”. J’ai choisi le message positif : il faut s’encourager dans bien des situations. Ce design est là pour nous le rappeler.
Le troisième design Master of the Tiger mélange l’univers de Street Fighter avec celui de He-Man and the Masters of the Universe. On y voit le redoutable Sagat, combattant de Muay Thaï, de face, poing levé, dans une pose presque héroïque qui rappelle He-Man brandissant son épée. Derrière lui, un tigre vert apparaît comme une présence protectrice : à la fois une référence à Battle Cat, le tigre de He-Man, et aux fameuses techniques de Sagat construites autour du mot “Tiger”.
Les deux premiers visuels sont nés de ces blagues d’adolescence et de ma manière actuelle de dessiner. Le troisième, avec Sagat, s’inscrit plutôt dans la continuité de ma série d’illustrations “Mashup Fighters”, où je mélange des personnages issus de la pop culture. Je griffonne souvent des personnages de cette période, et j’aime travailler des formes figuratives à la frontière entre proportions crédibles et liberté totale. Je cherche des silhouettes faciles à lire, mais qui dégagent une vraie force.
Dans ce processus, je m’interroge toujours : où placer les détails, et où laisser faire le hasard ? Certaines zones sont très travaillées, d’autres volontairement laissées plus brutes. J’essaie de maintenir un équilibre entre contrôle et lâcher-prise. C’est dans cet état d’esprit que j’ai conçu ces trois designs.